De l’importance du découpage des planches de BD
Dans le premier tome de son livre intitulé « L’Art de la BD », Duc définit son art en grande partie comme une narration par l’image. Et, pour faire simple, il nous montre que le récit est une succession de « plans » (gros plans, plans moyens ou plans larges) qui en sont les mots, et qui s’articulent en phrases. Ces phrases, que l’on peut considérer comme étant des séquences significatives ou des scènes, sont un ensemble de plans cohérents exposant un évènement ou une étape de l’aventure.
L’alternance de ces plans d’ensemble, puis de plans rapprochés et de gros plans donne une progression dramatique au récit que le scénariste, puis le dessinateur, choisissent en toute connaissance de cause afin de donner du rythme à leur histoire.
Ils peuvent, en plus - nous dit Duc -, en choisissant des plans croissants (ou décroissants), créer l’effet de travelling bien connu au cinéma. Ou alors, passant brusquement d’un plan large à un gros plan, ils peuvent simuler l’utilisation du zoom par le réalisateur du film.
Toutefois, dans son analyse, il omet, me semble-t-il, un aspect important du récit. C’est qu’en plus de ce découpage d’une scène en « plans » qui se succèdent, depuis plusieurs décennies, le choix s’est imposé techniquement de découper la BD en pages de papier : ces fameuses « planches » de 21 x 29 cm (ou parfois même 24 x 32 cm) composant un album en Europe. Et, le plus souvent, de 17 x 26 cm dans les comics aux USA.
Or une scène peut être plus courte que la planche, voire plus longue. Mais au moment de la lecture, c’est d’abord la planche qui s’impose à l’œil. Le lecteur commence naturellement par avoir une vue d’ensemble de la page, et de l’équilibre (ou non) dans l’agencement des cases. Agencement qui, soit dit en passant, s’avère être de plus en plus complexe et diversifié. L’organisation et l’alternance des cases choisies par les auteurs vise déjà à donner une impression globale du récit dans lequel le lecteur va plonger, avant même de savoir ce qui va se passer. Sans oublier l’ambiance générale donnée par la palette de couleurs choisie.
Le rythme de la scène sera instantanément et instinctivement perçu par le lecteur comme étant lent si les cases sont grandes et peu nombreuses, ou au contraire effréné si les cases sont petites et nombreuses.
Avec la possibilité de changer de rythme au moment où l’action s’accélère, en changeant brusquement la taille ou la hauteur des cases.
Une profusion de possibilités s’offre ainsi aux artistes qui cherchent à exprimer également par ce biais l’effet qu’ils souhaitent faire ressentir au lecteur. Et certains auteurs ne se privent pas d’expérimenter des compositions de plus en plus hardies – au point, parfois, de rendre la lecture difficile. Et les obligent à « flécher » le sens de la lecture.
Je vous propose de voir tout ça plus en détails … [à suivre]