L'image de la femme dans la Bande Dessinée (1) - Les pionnières -


L'image de la femme dans la Bande Dessinée (1)

- Les pionnières -

 

Un des reproches fait le plus souvent à la BD - et qui a certainement le plus nuit à sa réputation - est son traitement de l'image de la femme.

Ce sentiment ne s'est toutefois pas exprimé au moment de l'apparition et des balbutiements de cet art graphique dans les années 1900 à 1940, mais à posteriori, dans les années 1950-60, lorsque la société occidentale accordait enfin plus de liberté aux femmes et un début d'égalité avec les hommes – dans les lois tout du moins, à défaut d'une application effective et immédiate dans la vie courante.

N'oublions pas que cette indépendance et cette égalité, les femmes les avaient conquises dans les faits principalement pendant les deux grandes guerres de la première moitié du XXème siècle alors qu'elles remplaçaient dans tous les domaines de la vie publique les hommes partis au front, ou tués au cours des combats.

C'est donc plutôt au moment d'un profond changement de société, marqué en France par la «Révolution de mai 68», qu'en jetant un regard critique sur ce qu'avait montré la Bande Dessinée jusqu'à cette date que l'on ne pût que se sentir passablement effaré par l'image donnée des femmes dans ces petites publications.

D'un autre côté, ce serait une erreur de jeter la pierre à la BD du début de XXème siècle et de l'accuser de mauvais traitement délibéré aux femmes. Il n'y a certainement jamais eu de volonté délibérée de négliger ou de mépriser les femmes. Les dessinateurs et les scénaristes ne faisaient que reproduire le monde dans lequel ils vivaient. On peut tout au plus leur reprocher de n'avoir pas cherché à modifier les mentalités en montrant autre chose.

Mais ces pionniers d'un nouvel art devaient déjà se faire accepter, convaincre de leur utilité, charmer, et il ne pouvait donc pas encore être question d'aller à contre-courant. Pareil reproche a été fait aux illustrations des manuels scolaires de l'époque, montrant par exemple papa lisant le journal au salon en fumant sa pipe avec son fils jouant à ses pieds alors que maman faisait la vaisselle à la cuisine aidée par sa petite fille qui essuyait les assiettes. Et en ce qui les concerne, c'était pourtant bien leur rôle que d'éduquer.

N'oublions pas qu'alors, et ce jusque dans les années 1960, garçons et filles étaient éduqués dans des écoles séparées ; que les publications destinées aux jeunes n'étaient pas mixtes («Bibliothèque verte» d'un coté, et «Bibliothèque rose» de l'autre) ; que peu de femmes avaient un emploi professionnel en dehors du domicile ou de la ferme familiale...

Or ces BD étaient principalement destinées aux jeunes garçons. Et comme en dehors du cocon familial et du marché sur la place du village, peu de femmes apparaissaient dans ce monde d'hommes, il était «logique» que le monde «masculin» représenté dans les BD ne laisse que très peu de place aux femmes, et qu'aucune d'entre elles n'ait pu incarner le rôle d’héroïne avant longtemps.

 

Il n'est pas inutile de rappeler ici que je limite mon étude à la BD franco-belge.

Et donc dans cet univers illustré, la première image de femme qui ait traversé les âges date de 1905 et elle se nomme « Becassine ».

Elle n'était pas très glamour, il faut le reconnaître. Il y aurait même beaucoup à redire à une pareille image. Deux détails frappent plus que les autres cependant : elle n'a tout d'abord pas de bouche ! Comme si elle n'avait pas droit à la parole. Ensuite, même promue « nourrice » dans une de ses aventures, elle ne montre pas la plus petite trace de poitrine. Comme si Pinchon, son dessinateur, n'avait pas osé mettre sa féminité en avant.

 

Par le suite, dans les années 1930 à 1950, apparaissent des images de sœurs ou de mères des héros.

Pour ce qui est des sœurs, il y a d'abord Zette dans les aventures de « Jo, Zette et Jocko » dessinées par Hergé dès 1936. Puis Sylvette dans les aventures de « Sylvain et Sylvette » parues en 1941 et dessinées par Maurice Cuvelier – avec toujours les garçons cités en premiers (seuls héritiers possibles du titre, selon les lois en vigueur ?)

 

Pour ce qui est des mères, il y a tout d'abord celle de Jo et Zette, même si elle ne joue pas un bien grand rôle. Elle est assez souvent présente - moins que son mari toutefois – et elle s'inquiète pour ses enfants, ce qui semble être son sa principale occupation.

Le cas de Sylvain et Sylvette est plus étrange. Il n'y a tout simplement pas de parents dans leur environnement. Ces deux enfants, car c'est ce que laisse à penser leur physique, vivent seuls à la campagne entourés d'animaux dociles, mais en butte à une bande d'animaux sauvages qui leur veulent du mal. Ils ne devront leur salut qu'à la bêtise des ces derniers et à leur ingéniosité – enfin surtout celle de Sylvain que se comporte en homme véritable, courageux et très admiré par sa sœur qui se sent protégée et gère la petite maison de manière irréprochable. (Qui a dit que c'est une situation incestueuse ?).

C'est en 1939 qu'une femme qui n'était ni femme de, ni sœur de, traverse à nouveau les cases d'une BD. Elle se nomme la Castafiore et elle traînera une réputation peu enviable pour dire vrai. Dessinée par Hergé dans sa célèbre série « Tintin », elle n’apparaît pas aussi souvent qu'on l'imagine, mais un album porte toutefois son nom et la voilà célèbre pour l'éternité. Même si bien souvent, elle est, on peut le dire, ridiculisée.

Elle avait pourtant de réels atouts que bien des femmes auraient rêvé d'avoir à l'époque. N'oublions pas qu'alors, les femmes n'avaient pas encore le droit de vote en France, et qu'elles devaient avoir l'accord de leur mari pour ouvrir un compte en banque par exemple. Avec du caractère, un métier qui fait rêver (cantatrice), elle était libre, célèbre et voyageait sans entraves à travers la planète accompagnée par sa dame de compagnie, le transparente Irma. Mais Hergé, à la recherche de situations drôles, l'a poussée jusqu'à la caricature : un peu forte, toujours excessive, envahissante, incapable de se faire aimer, elle n'a pas donné une image positive de la femme. Et comme pendant des années elle fut la seule héroïne visible, voilà Hergé et la BD frappés de l'infamie de la misogynie. C'est probablement un point de vue et un jugement un peu hâtifs. Parlons plutôt de comique pas très fin, un peu machiste.

 

Mais les choses allaient bientôt changer en ce qui concerne l'image de la femme dans la Bande Dessinée.

Pour le mieux ? C'est à voir !

 

[à suivre...]


 

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